MANGIN Eugène - Mort pour la France

En complément des éléments déjà publiés au sein de notre brochure consacrée à la Seconde Guerre Mondiale, le présent article apporte un éclairage historique précieux et inédit sur le parcours et la fin héroïque de Joseph Eugène MANGIN.

Né le 12 février 1910 à Guessling-Hémering et domicilié à Pontpierre, ce caporal (mentionné comme soldat de 1ère classe lors de sa citation officielle) du 146e R.I.F. a courageusement trouvé la mort au combat le 16 juin 1940 à Vaxy.

Grâce aux documents historiques officiels et mémoriels transmis par Jean-François LEGREE, nous sommes aujourd’hui en mesure de restituer fidèlement deux témoignages majeurs qui perpétuent le souvenir de son sacrifice et l’immortalisent parmi les héros morts pour la France.

Extrait du J.O. du 10 et 11 Avril 1944 (page 1046)

Médaille militaire

MANGIN Eugène, soldat de 1ère classe au 146ème Regt.d’infanterie de forteresse : tireur d’élite de canon de 25, d’un calme et d’une bravoure exemplaires

Le 16 Juin 1940, a, par son tir précis, détruit les voitures de tête d’une colonne motorisée ennemie sur la route de Château-Salins. Resté sur sa pièce prise à partie par des tirs bien réglés, a empêché pendant six heures, la progression ennemie, faisant preuve d’une ténacité et d’un sang-froid remarquables.

Rapport du Lieutenant Mariotte Stéphane au sujet du sergent-chef Bichel

Mariotte Stephane

Senlis le 12 Septembre 1946.

Rapport du Lieutenant Mariotte Stéphane au sujet du sergent-chef Bichel.

Chef d’une section anti-chars de 25 à la 1. C.E du 146 R.T.F., j’avais effectivement sous mes ordres depuis le 20 mai 1940 environ, le sergent-chef Bichel Ernest, originaire de Metz, comme chef de pièce de canon de 25.

Le 16 juin 1940, au cours du repli du régiment, de nos positions de la ligne Maginot vers Nancy, je reçus l’ordre de mon chef de Btn : le commandant Helffer, de m’installer défensivement avec une des pièces de 25 de ma section, à hauteur du village de Vaxy – 4 K. Nord de Château-Salins – sur la route nationale – Sarreguemines – Château-Salins – Nancy, face au Nord où progressait une colonne motorisée ennemie en marche vers le Sud.

Vers 11h nous entrâmes en contact avec cette colonne et j’ouvris le feu avec ce canon de 25 sur les premiers véhicules blindés ; le combat devait se continuer jusqu’à environ 18h. Je dirigeais le feu de cette pièce qui était commandée par le sergent chef Bichel et qui était composée comme suit :

  • Pointeur : Mangin Eugène originaire de Pontpierre (Moselle) tué vers 18 H –
  • Chargeur : Guerchouy originaire de Mainvillers (Moselle)
  • Pourvoyeur : Charpentier blessé à l’épaule au moment de l’assaut final
  • Pourvoyeur : un second pourvoyeur dont le nom m’échappe, blessé au pied vers 16h et évacué.

De 11h à 18h nous eûmes à soutenir un violent tir d’artillerie de 150 et de mortiers d’infanterie, tout en continuant notre tir au canon de 25 et jusqu’à cette heure je restai constamment en contact avec Bichel à la pièce. Vers 18h notre position défensive qui comprenait une partie du 1/146 sous les ordres directs du chef de Btn Helffer fut débordée sur la gauche par l’ennemi qui s’était infiltré profondément dans la forêt de Château-Salins, puis soudainement attaquée de flanc et de revers par de nombreuses colonnes d’infanterie débouchant de cette forêt. L’attaque ennemie était appuyée par un feu extrêmement intense d’armes automatiques qui balayait littéralement notre position, nous obligeant à se plaquer au sol.

L’emplacement de ma pièce étant surélevé – sur la route même – je donnai l’ordre aux servants de s’abriter derrière le talus de la route et dans le fossé ; le tir du canon étant inopérant, n’étant utilisé que contre les véhicules motorisés ou blindés. A ce moment précis, l’ennemi débouchait sur notre gauche et sur nos arrières à environ 200 à 300 mètres de distance et attaquait au pas de gymnastique. C’est alors que je perdis contact avec mes hommes qui se dispersèrent autour de moi, cherchant un abri ; en outre les champs avoisinants étaient des blés d’environ 80 cm de hauteur. C’est dans ces instants que j’entendis très distinctement l’appel déchirant du sergent chef Bichel « Lieutenant Mariotte, je suis touché ». Je me redressai de mon emplacement et aperçus, à environ 50 ou 60 mètres de moi, émergeant au-dessus des blés, la tête ensanglantée de mon sous-officier, blessé sans aucun doute par une balle de mitrailleuse ou par un éclat d’obus car il se trouvait dans une zone particulièrement battue. Je vis alors les premières vagues ennemies, d’une supériorité numérique écrasante, déferler sur nos positions à moins de 100 m de nous. Je criai à Bichel « Couchez-vous je vais venir ». Puis ce fut l’assaut final sur notre ligne et la perturbation inévitable dans ces instants critiques.

Dès que je fus capturé ma première réaction fut de me porter au secours de Bichel, mais je fus immobilisé par un Allemand et tous mes efforts pour me faire comprendre et me porter sur les lieux où il était tombé furent vains. Je fus aussitôt séparé de la troupe, gardé strictement à l’écart et emmené de suite. Néanmoins, dès le combat terminé je vis les brancardiers allemands secondés par des soldats de nos unités ramasser et soigner nos blessés sur le terrain ; j’ai donc supposé que le sergent-chef Bichel avait été relevé par ce personnel à ce moment-là !

A mon retour de captivité, en mai 1945 j’apprenais par M. Mangin Charles de Pontpierre, frère de Mangin Eugène tué le 16 juin à Vaxy, que Madame Bichel était toujours sans nouvelles de son mari. Ayant retrouvé à Metz l’ancien commandant de la 1e C.H : le capitaine Nadal qui était en relation avec Madame Bichel je lui rendis compte de ce que je savais au sujet de Bichel, escomptant qu’il mettrait cette dame au courant.

Monsieur Mangin Charles qui est allé sur les lieux de combats, à Vaxy, rechercher le corps de son frère, m’a signalé que son frère avait été dépouillé de l’argent qu’il possédait. Ceci prouve que les morts du champ de bataille de Vaxy ont été pillés. Comme d’autre part M. Mangin m’a également signalé que les corps retrouvés à Vaxy avaient été transportés et ensevelis dans le cimetière de l’hôpital de Château-Salins, il a remarqué qu’il y avait dans ce cimetière plusieurs tombes « Inconnu ».

Ces derniers renseignements pourraient toutefois être confirmés et vérifiés sur place ou même auprès de l’intéressé. J’en conclus donc, et ceci n’est qu’une hypothèse personnelle que ces malheureux soldats ont été honteusement détroussés et pillés, que les pillards leur ont dérobé jusqu’à leurs pièces d’identité, ce qui n’aurait pas permis l’identification de ces morts, et justifierait la présence de plusieurs tombes « Inconnu ». Le sergent-chef Bichel a-t-il subi le sort de ces malheureux ? c’est ce que je crois.

Toutefois tous les éléments du Bataillon faits prisonniers le 18 Juin ont été rassemblés dans un grand hall d’une caserne de Morhange. Nous y sommes restés 24h. Ni moi ni aucun des soldats du 146 n’y a vu Bichel.

Enfin le 16 Juin, le combat terminé, j’ai vu les brancardiers allemands charger nos blessés sur leurs ambulances, et les évacuer vers Morhange. Il y aurait peut-être lieu de faire vérifier si le corps de ce s/officier n’y est pas enseveli au cimetière militaire où l’on aurait inhumé les soldats français tués en 1940 au cours des combats dans cette région.

Signature : S. Mariotte

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