Journal d’un soldat américain : la libération de Guessling-Hémering
Occupé par les Allemands depuis 1940, Guessling-Hémering a vécu sous le joug de l’occupation jusqu’à ce que les forces alliées libèrent le village en novembre 1944.
Ce récit, rédigé à partir de faits réels collectés, est écrit pour célébrer les 80 ans de la libération de Guessling-Hémering par les soldats américains.
20 novembre 1944
Cela fait plusieurs jours que nous progressons lentement à travers les collines et les bois de cette région de Lorraine. Notre mission est claire : libérer les villages que l’ennemi occupe encore, ou qu’il vient de quitter. Aujourd’hui, c’est au tour de Guessling-Hémering. Depuis le matin, nous avons reçu des rapports indiquant que les Allemands se retirent, mais nous ne savons jamais ce qui nous attend jusqu’à ce que nous soyons sur place.
Nous avons quitté Viller tôt dans la journée, avançant prudemment à travers les bois autour de Guessling. Il fallait éviter les pièges et les embuscades. Nos officiers nous ont prévenus : « Restez sur vos gardes, les Allemands sont peut-être encore là. » Vers midi, la compagnie « L » avait sécurisé une partie des hauteurs du Bois de Guessling, nous offrant une vue dégagée sur le secteur.
En entrant dans Guessling par la route principale, la tension était palpable. Les rues étaient désertes, mais les traces des récents combats étaient bien visibles. Des obus avaient laissé des cratères dans les routes, et plusieurs maisons étaient en ruines. On avançait avec précaution, l’arme prête à tirer, en vérifiant chaque recoin. Je me souviens encore de la fumée qui s’élevait des décombres. Le village semblait presque mort. Pourtant, on sentait la présence des habitants, terrés quelque part.
Nous avons rencontré les premiers villageois peu après être entrés dans Guessling. Ils semblaient apeurés, certains nous regardaient avec méfiance. On nous avait dit de demander « Boche ? Boche ? », pour savoir s’ils avaient vu des soldats ennemis, mais il était clair que les Allemands avaient pris la fuite. Malgré cela, nos ordres étaient stricts : fouiller chaque maison
Les premiers contacts avec la population
Quand nous sommes arrivés dans le village, nous avons reçu l’ordre d’enfermer les habitants dans l’église, le presbytère ou l’école. Ils étaient rassemblés là pendant que nous fouillions les maisons, à la recherche de soldats allemands cachés ou de matériel ennemi. La situation était tendue. Nous étions méfiants, et certains de mes camarades étaient durs avec les villageois, les traitant avec froideur, comme s’ils étaient une menace potentielle. Les ordres étaient clairs : aucun risque ne devait être pris.
Dans certaines maisons, des soldats ont réquisitionné des vivres, voire plus. Des objets de valeur ont disparu. C’était une pratique courante pendant les guerres, même si nous savions que cela accablait encore davantage des familles qui avaient déjà tout perdu. Pendant que les villageois attendaient enfermés, l’incertitude régnait dans le village. Nous fouillions chaque pièce, chaque recoin, pour être certains qu’il n’y avait plus d’ennemis.
L’arrivée d’autres soldats américains
Quelques temps après notre arrivée, un second groupe de soldats américains est venu nous rejoindre. Ceux-là étaient différents. Plus amicaux, ils ont rapidement fait tomber la tension qui régnait. Ils ont partagé des rations avec les enfants, distribuant du chocolat et du chewing-gum, des produits totalement inconnus pour eux.
Nous avons vu des visages soulagés, mais aussi des regards épuisés par la peur et la douleur. Des habitants nous ont raconté comment ils avaient survécu en se cachant dans les caves, terrifiés à chaque bombardement.
Les villageois nous ont raconté des histoires terrifiantes. La semaine passée, le 17 et le 18 novembre, Guessling avait été lourdement bombardé. Des avions P-47 de notre armée avaient ciblé des positions allemandes. L’une des familles nous a parlé de Joseph Becker, un homme du village, qui avait été tué par un éclat d’obus alors qu’il sortait de chez lui. D’autres nous ont décrit les nuits passées à se cacher dans les caves, redoutant chaque explosion, chaque tir. Les maisons étaient endommagées, et certains bâtiments comme l’église avaient perdu leurs vitraux à cause des éclats d’obus. Les habitants disaient qu’une station d’émetteur-récepteur allemande avait été installée non loin de là, et que l’aviation américaine avait tenté de la détruire.
Le lendemain de la libération
Le 21 novembre, Guessling-Hémering était officiellement sous notre contrôle, et nous nous préparions déjà à avancer plus à l’est. Pourtant, le village était un champ de ruines. Les bombardements américains avaient détruit une bonne partie des maisons. De nombreuses familles ont tout perdu. Malgré tout, nous avons commencé à voir des villageois remonter sur leurs toits pour tenter des réparations de fortune.
Vers l’armistice et les jours de fête
La guerre n’était pas terminée, mais pour les habitants, ce fut un tournant. Ils étaient enfin libres de l’occupation allemande. Il leur restait encore plusieurs mois de privations à endurer avant que la paix ne revienne pour de bon.
Le 8 mai 1945, nous avons entendu la nouvelle : l’armistice était signé. À Guessling-Hémering, la joie s’est mêlée aux larmes. Pour célébrer la fin de cette terrible guerre, les villageois ont organisé une fête: le « Hitler Wird Verbrandt » (Hitler est brûlé). Ils avaient fabriqué une effigie d’Hitler, et l’ont brûlée en symbole de leur délivrance. C’était une image forte, et pour tous, c’était la fin d’un cauchemar.
Ce bref récit rend hommage aux événements marquants de la libération de Guessling-Hémering. Pour une immersion complète dans l’histoire du village durant la Seconde Guerre mondiale, n’hésitez pas à consulter la brochure réalisée par l’Association pour la Sauvegarde de l’Histoire et du Patrimoine de Guessling-Hémering, qui retrace avec précision les moments de la libération et de l’occupation américaine.
