Traversée historique
Niché au cœur de la Moselle, le village de Guessling-Hémering possède une histoire riche de plus de 750 ans, marquée par la présence seigneuriale, les ravages des guerres, mais surtout par la résilience et la détermination de ses habitants. Voici une chronologie historique détaillée retraçant l’évolution de la commune, des premières mentions écrites jusqu’à nos jours.
Les Origines et le Temps des Seigneurs (Moyen-Âge)
1257 : La première trace écrite officielle du village remonte au jour des Saints Martyrs en 1257. Une lettre de l’évêché de Metz adressée à Théodorique, soldat et avocat des cours de Guessling, indique les impôts à verser. À cette époque, le territoire est partagé entre l’abbaye de Saint-Nabor (Saint-Avold) et la Comtesse de Landroff.
1281 – 1599 : Le village passe sous l’influence de diverses seigneuries, dont celle de Varsberg (1281), puis les seigneurs de Fénétrange, et les Nimeskern (1554). Le cœur historique du village s’articule alors autour du « Hof », une cour fermée abritant la maison des seigneurs.
1341 : À Hémering, on trouve déjà l’existence d’une première chapelle dédiée à la Vierge. Un document testamentaire mentionne le vicaire Théoricus de Haymeringa, chapelain d’un hôpital de Saint-Avold, qui y lègue tous ses biens.
Dévastations et Émancipation (XVIIe et XVIIIe siècles)
1630 – 1650 : La guerre de Trente Ans frappe terriblement la région. Les passages successifs des troupes (Croates, Hongrois, Polonais et Suédois) laissent les villages pillés, ruinés et pratiquement vidés de leurs habitants.
1700 – 1754 : Après la reconstruction, un long combat spirituel s’engage. Guessling et Hémering dépendent alors de la paroisse-mère de Boustroff et des moines de Saint-Avold. Les habitants se plaignent des chemins impraticables et extrêmement dangereux en hiver, empêchant femmes, enfants et vieillards d’aller à la messe ou de recevoir les derniers sacrements.
1755 : Victoire pour les villageois ! Grâce à un décret épiscopal du 12 octobre 1755, l’église de Guessling est enfin érigée en cure indépendante, avec Hémering comme annexe, et accueille son propre curé résident.
1768 : Naissance à Hémering de Nicolas Schmitz, qui deviendra plus tard Général de brigade et sera honoré du titre de Baron de l’Empire par Napoléon, s’illustrant dans toutes les grandes campagnes militaires européennes.
Explosion Démographique, Misère et Modernisation (XIXe siècle)
1818 : Les habitants d’Hémering, après des années d’efforts, parviennent à faire construire une nouvelle chapelle, remplaçant les édifices détruits par les guerres précédentes.
1820 – 1850 : La population connaît une explosion démographique impressionnante, passant de 214 habitants en 1826 à 1048 habitants en 1850. Cette surpopulation engendre une immense pauvreté, forçant le conseil municipal à prendre des mesures pour les « indigents valides ».
1848 – 1850 : L’ancienne église (située au milieu de l’ancien cimetière) devenant trop petite et vétuste, un nouvel édifice est construit au centre du village. L’église actuelle, dédiée à Saint-Gangoulf, est achevée et bénie le 23 avril 1850.
1854 : Le village est frappé par une foudroyante épidémie de choléra qui fait 64 victimes en quelques semaines (dont 63 décès recensés), plongeant la commune dans le deuil. La haute croix de la famille Hensienne, toujours visible au cimetière, commémore les époux Hensienne morts le même jour de cette maladie.
1856 – 1860 : Pour faire face aux graves pénuries d’eau, la municipalité engage la construction d’une grande fontaine publique maçonnée, projetant de capter des sources en amont du village. L’eau et les puits sont une préoccupation majeure à cette époque.
1862 – 1863 : Face aux risques d’incendies, le village, qui a créé un corps de sapeurs-pompiers (1852), fait enfin l’acquisition de sa première pompe à bras après un grand concours public.
Les Déchirements des Deux Guerres Mondiales (XXe siècle)
1871 – 1918 : Par le traité de Francfort, Guessling-Hémering est annexé à l’Empire allemand.
1914 – 1918 : Lors de la Grande Guerre, les jeunes du village sont mobilisés sous l’uniforme allemand. 23 enfants de la commune y laissent la vie (sur divers fronts en France, Russie, Pologne). Les cloches de l’église sont réquisitionnées par l’occupant pour être fondues en armement.
1922 – 1925 : Érection du monument aux morts, inauguré en 1925. Particularité locale due à l’Histoire : l’inscription d’origine ne mentionne pas « Morts pour la France » (les soldats ayant combattu sous drapeau allemand), mais simplement « Aux enfants de la commune […] tombés pendant la guerre ».
1939 – 1940 : Début de la Seconde Guerre mondiale. Le village est évacué vers le Puy-de-Dôme (Lachaux). À leur retour, les habitants subissent l’occupation, la germanisation, et l’incorporation de force des jeunes (les Malgré-Nous) dans la Wehrmacht.
17 – 20 Novembre 1944 : Lors de la Libération, le village subit de très lourds bombardements américains. Des maisons sont détruites et l’église est gravement endommagée (toit soufflé, vitraux brisés). Le 20 novembre, les troupes américaines obligent toute la population effrayée à s’enfermer pour la nuit dans l’église en ruines.
Reconstruction et Époque Contemporaine (De 1945 à nos jours)
1947 – 1949 : Le temps est à la reconstruction. L’église est restaurée et de nouvelles cloches sont commandées et bénies.
1960 – 1961 : L’ancienne chapelle de Hémering de 1818, lourdement endommagée par les aléas du temps et les guerres, est démolie. Une toute nouvelle chapelle est construite au même endroit par les volontaires du village et est toujours en place aujourd’hui.
2006 : Une étape mémorielle majeure est franchie : plus de 60 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monument aux morts est rénové. Une plaque ajoutant le nom des victimes du second conflit (civils, Malgré-Nous, déportés) y est apposée, et l’inscription devient enfin : « À nos enfants morts pour la France », symbole d’une mémoire unifiée et pacifiée.
