Récemment, le quotidien Le Républicain Lorrain s'est fait l'écho de l'avancée de la cause de béatification et de canonisation du Cardinal Bernardin Gantin, haute figure ecclésiale universelle ayant marqué de son empreinte l’Église contemporaine.
À cette occasion, l’Association pour la sauvegarde du patrimoine et de l’histoire de Guessling-Hémering vous invite à redécouvrir les pages d'histoire locale consacrées à sa venue mémorable dans notre village en septembre 1999, initialement publiées dans le bulletin municipal Le Trait d'Union.
Visite du Cardinal Bernardin GANTIN
La venue du Cardinal Bernardin GANTIN fut un temps fort pour notre commune, pour la paroisse de Guessling-Hémering et pour le secteur inter-paroissial. Sa dernière visite date de 1957, lorsqu’il a été consacré évêque.
Le parcours d'une éminente figure
Mais rappelons d'abord son parcours ; nous évoquerons ensuite son séjour du mois de septembre 1999.
Bernardin GANTIN est né le 08 mai 1922 à TOFFO, au DAHOMEY devenu le BÉNIN (1975), pays francophone. Il eut le bonheur d'être scolarisé dans son pays, pays dans lequel œuvrait la Société des Missions Africaines. Notre regretté ami et pasteur Gilbert BREM était membre et directeur de cette société de mission. Grâce à la fréquentation de ces missionnaires, Bernardin GANTIN entra au séminaire de St-Gall de OUIDAH. Ce fut un élève studieux et intelligent, parcouru par l'appel à la vocation sacerdotale. Il fut ordonné prêtre le 14 janvier 1951. À partir de là, son parcours fut rapide et sans faute. Il est consacré évêque le 03 février 1957, à ROME sous PIE XII. C’est d'ailleurs à ROME qu’il fit ses études supérieures, plus particulièrement des études de théologie et de droit canon.
Nommé à COTONOU, la plus importante ville du BÉNIN, il fut à 35 ans le plus jeune évêque. Il est le fils spirituel de Monseigneur PARISOT, archevêque de COTONOU, lui aussi membre des Missions Africaines. À la mort de Mgr PARISOT, en 1960, Bernardin GANTIN est nommé archevêque ; il est le premier archevêque noir d’Afrique. C’est le Pape JEAN XXIII qui l’a nommé. Sous son impulsion, il s’est créé au DAHOMEY de nombreux diocèses, de nouvelles paroisses et un essor énorme des chrétiens.
En 1971, le Pape PAUL VI appelle notre ami au service universel à ROME. Il assurera la fonction de secrétaire de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples. Il est nommé au ministère de la Justice et de la Paix, qu’il préside pendant huit ans. Il est membre de différentes commissions, dont la cause des saints, l’art religieux, l’éducation, les églises orientales.
Le 27 juin 1978, Bernardin GANTIN est élevé à la charge de cardinal par le Pape PAUL VI. Il devient Préfet de la Congrégation des évêques, charge qu’il assumera pendant 14 ans, avant de devenir le doyen des cardinaux. Par cette fonction, il est aujourd’hui le deuxième personnage de l’Église Catholique, ce qui implique qu’en cas de disparition de notre pape actuel il aurait la charge d’administrer l’Église du Christ jusqu’à l’élection du nouveau pape.
Bernardin GANTIN a résidé durant de nombreuses années dans l’un des quartiers de ROME, puis au n° 10 Place St Pierre. C’est à cette adresse que le maire et son épouse l’ont rencontré lors de leur premier voyage à ROME. Il réside aujourd’hui au Vatican, à deux pas des appartements du pape JEAN-PAUL II. Il préside aujourd’hui à la préparation de tous les grands événements mis en œuvre par l’Église.
En revenant passer une semaine à Guessling-Hémering, il répond à une invitation maintes fois renouvelée, par écrit lorsque nous correspondons et à chacune de nos visites à ROME. Nous nous connaissons depuis 40 ans et correspondons régulièrement. Ce sont à chaque fois des moments d’intense émotion.
Par notre démarche nous avons voulu assurer le relais de l’initiative qui avait été prise par la tante Marie HENOT, épouse VENDEL, et sauvegarder la « MÉMOIRE » pour les jeunes générations. Une foule de bienfaiteurs, missionnaires à leur manière, ont travaillé pour la même cause.
Cette visite fut un moment exceptionnel pour nous tous et l’occasion de belles retrouvailles ; ce fut l’occasion d’échanger des souvenirs immortalisés et de resserrer les liens d’amitié qui nous unissent.
Une mobilisation chaleureuse et fraternelle
Je voudrais remercier toutes celles et tous ceux qui ont contribué à donner un éclat tout à fait grandiose à ces retrouvailles : merci au président et aux membres du Conseil de Fabrique, aux conseillers municipaux et à tous les bénévoles, merci à toutes les personnes qui par leur présence et leur participation ont apporté de la joie et de la gaieté à cette journée, félicitations aux chorales du secteur inter-paroissial, à leur chef Roger PRIM, merci à l’organiste Régine BERTOLOTTI. À toi Armand BARATTO, à ton épouse Thérèse et à tes collègues, je dis un grand merci pour le travail accompli et je me fais l’ambassadeur de tous les convives qui ont eu le sublime bonheur de partager le repas que tu as préparé de main de maître. Merci à toutes et tous mes amis qui ont assuré le service et la plonge. Vous avez été formidables.
Je rends un vibrant hommage à l’abbé René SCHNEIDER, notre curé, pour la bonne orchestration des cérémonies religieuses proposées à notre communauté ; que l’ensemble des prêtres qui ont concélébré les offices avec notre hôte, plus particulièrement les abbés KLING et SEILER, notre diacre Michel BILTHAUER, les membres des Missions Africaines qui nous ont fait le plaisir du déplacement, les religieux et religieuses qui ont apporté leur concours aux célébrations, trouvent dans ces quelques lignes toute ma gratitude. Un grand merci à Sœur Marie-Cécile pour sa participation. Un grand merci à Angèle et Bernadette pour le fleurissement de l’Église. Je remercie l’évêque de Metz, Monseigneur Pierre RAFFIN, pour la concélébration d’un office et pour la présentation du Cardinal GANTIN aux séminaristes de Metz.
Ces journées, dont le point d’orgue fut la journée du dimanche 05 septembre, ont permis des retrouvailles exceptionnelles, marquées par des sentiments profonds de grande sincérité et d’émotion. Une grande joie pour Marie et Joseph, les enfants de la tante HENOT. Quelle joie pour nous tous d’avoir revu Marguerite HUSSON, notre institutrice des années 50/60. Le fait que Marguerite soit devenue Madame MALINOWSKI nous a permis de faire la connaissance et de saluer Françoise, sa fille. Lorsque j’ai eu la confirmation de la venue du cardinal, à l’occasion de notre voyage à ROME au mois de mai, j’ai donné la primeur de l’information à notre curé, au conseil de fabrique et au conseil municipal. Ensuite j’ai appelé l’abbé KLING et Marguerite. Merci Marguerite d’être venue. Je souhaite que nos contacts perdurent ; soyez assurée du témoignage d’amitié de toute la population de notre commune.
La visite de Bernardin GANTIN a permis de rappeler le souvenir des bienfaiteurs décédés, connus et anonymes. Elle a été l’occasion d’une pensée priante pour l’abbé Édouard ROBIN, notre ancien curé et ami du cardinal.
La rencontre avec les écoliers
Pendant ce séjour j’ai tenu à présenter notre hôte aux écoliers de la maternelle et du primaire, avec leurs maîtres. Ce passage a éveillé leur curiosité et stimulé leur sensibilité et leur satisfaction de rencontrer ce haut personnage de l’Église. Le dialogue avec le cardinal fut aisé et détendu, malgré une certaine appréhension.
« De nombreux enfants, comme vous, ayant la capacité d’apprendre, n’ont pas la même chance que vous. Leurs pays n’ont pas les moyens financiers pour construire des écoles. Je suis originaire d’Afrique Noire et j’ai eu la chance de faire des études. Depuis 28 ans je réside à ROME et j’ai aussi fait l’effort d’apprendre plusieurs langues. »
Le prélat du Vatican a rappelé un proverbe : « On est autant de fois homme que l’on connaît de langues. »
Je vous livre pour terminer quelques extraits de l’homélie qu’a prononcée le cardinal au cours de la messe du dimanche 05 septembre, en l’église de Guessling-Hémering : à travers cette homélie il a exprimé un message de reconnaissance, de générosité, mais aussi un message de fraternité et de tolérance :
Extraits de l’Homélie
Lors de ma visite de fidélité et de gratitude missionnaire — En mémoire de Madame Marie Wendel
1 En venant de Rome à Guessling-Hémering, cette fois-ci comme je venais autrefois de Cotonou en mon pays, je voudrais d’abord donner à ce voyage-ci le nom et le sens d’un vrai pèlerinage.
En effet, ce sont toujours les mêmes sentiments de piété, d’admiration et de reconnaissance qui animent ma démarche vers vous aujourd’hui. Mais c’est aussi la très aimable invitation, plusieurs fois renouvelée, de M. et Mme Bernard Cuvillier, les premiers citoyens de votre Commune, qui a attiré ma présence parmi vous en ce moment. Aussi dois-je, en vous saluant tous, réserver en premier lieu une pensée spéciale de respect et de gratitude à la personne de M. le Maire et ses Conseillers.
2 Oui, je savais depuis longtemps par expérience personnelle qu’à Guessling-Hémering, combien magnifiquement et avec beaucoup de cœur on savait faire les choses : accueil, réception, cérémonie et célébrations diverses, rencontres, échanges et partages, en un mot une hospitalité délicate, parfaite et amicale.
Je ne puis tarder à évoquer, parmi les souvenirs profonds que j’ai toujours conservés de vous, le nom de la famille de l’inoubliable Madame Marie Wendel. Je suis profondément touché que les membres et les proches de cette famille aient voulu venir participer à cette fête du souvenir. C’est bien elle, cette Marie Wendel, figure évangélique renouvelée de la Veuve du Temple, vivement félicitée par le Christ lui-même, qui était à l’origine des relations missionnaires tissées entre votre terre et la mienne, entre votre Église et celle du diocèse de Cotonou au Bénin, entre la charité généreuse de cette paroisse de la Lorraine et le Séminaire de Ouidah où j’ai fait toutes mes études préparatoires au sacerdoce dans les années 30 et 40. C’est souvent de véritables miracles de générosité et d’entraide missionnaires qu’opèrent à travers le monde entier ces OPM, service et témoignages de la Charité du Pape envers les plus petits, les plus lointains et les plus pauvres, les plus oubliés.
3 Lorsque je suis devenu prêtre au seuil des années 50 par la grâce de Dieu et le soutien des amis lointains de ce coin de France, les Pères Missionnaires, mes formateurs, autorisés par l’Œuvre Pontificale du « Clergé » des Pays de Missions, ont révélé les noms des personnes qui ont contribué aux frais de mes études. C’est ainsi que ma pensée et mes sentiments ont été orientés vers vous, surtout dans la prière. Et, dès que l’occasion en a été ensuite rendue possible avec la poursuite de mes études à Rome, j’ai eu la joie de venir jusqu’ici faire connaissance avec les âmes généreuses qui m’avaient suivi fidèlement sur la route du sacerdoce par l’offrande à Dieu de leur prière, de leur aide économique et de leur cœur.
4 La foi et l’amour resteront toujours l’âme profonde et dynamique de l’Église missionnaire en marche dans le monde. J’accomplis un devoir bien agréable en venant vous voir et vous remercier en ce beau jour du Seigneur.
L’Évangile de ce dimanche opportunément nous inspire bien à ce sujet. Une pensée du Pape Saint Grégoire le Grand nous éclaire : « chacun est responsable de tous. Et tous sont responsables de chacun ». Ce message de solidarité fraternelle nous donne, par la bouche même de Jésus, des conseils à suivre pour la bonne marche de nos Communautés chrétiennes.
Maire
F-57380 GUESSLING-HEMERING
Monsieur le Maire et cher Ami,
Après trois semaines, le Synode romain sur l’Europe va se terminer. L’Afrique y a été représentée. Elle n’a pas manqué d’y exprimer ce qu’elle doit aux Européens chrétiens qui lui ont apporté l’Évangile du Christ, souvent au prix de grands sacrifices, y compris celui de la vie.
En recevant votre lettre du 19 octobre, je reconfirme par la pensée et par le cœur ces sentiments que j’avais intensément vécus lors de ma visite du mois de septembre à Guessling-Hémering. La mémoire revit volontiers ces bons moments passés ensemble. Vous les évoquez en des termes qui montrent que ma démarche de fidèle gratitude vous a réconfortés tous. Oui, tous ces frères et amis, à commencer par vous-même, votre famille, vos collaborateurs de la fabrique paroissiale, votre curé et aussi toutes les personnes qui, en plus de l’amitié, ont voulu témoigner de leur généreuse solidarité en m’envoyant la collecte faite par vous pour les Séminaristes du Bénin. Ceux-ci seront heureux et encouragés par ce beau geste missionnaire. Votre évêque, Mgr Raffin, m’a envoyé, il y a quelques jours, son bulletin diocésain contenant mon interview à la radio.
Je veux dire merci encore pour ces signes de communion qui me rappellent affectueusement la Moselle profonde, comme on dit. Je remercie surtout pour l’assurance de votre prière. Elle m’est précieuse pour l’accomplissement de mon service auprès de notre cher et vénéré Saint Père qui commence sa 22e année de Pontificat. Quel magnifique exemple de foi et de courage !
À vous et à tous, cher ami, mes sentiments renouvelés de tout cœur.
